jp : « chaque mot tracé, chaque coup de ciseau dans le marbre, chaque trait de mon pinceau, même s’il est poussé par une idée, n’est là que pour la mettre en cause, et si je suis suffisamment attentif au cri du marbre, au murmure du papier ou au chant des couleurs, alors je pars en voyage et oublie mes idées. »
Y.G.« Les crissements du roseau ne me font pas peur, mes gestes se prolongent à l’infini, j’économise l’espace, la ligne de base est droite malgré les lettres imbriquées. Les formes se délassent à l’intérieur de moi. Je m’arrête à chaque jonction, puis reprends la ligne là où elle s’est figée, et repose le bec là où il s’est levé. Mon trait est d’un noir opaque. Sourde au cri du roseau, seul compte mon plaisir. Je suspends mon geste lorsque le bec blesse le papier. Pauses régulières si frustrantes, j’aimerais être encre pour ravitailler mon calame sans cesse, mon souffle devenant buvard et ma peau, pellicule de papier lustré. »
JP : "dans le quartier chinois , près de canal street on trouve des petites boutiques où l'on vend de l'encre de vraie chine et des pinceaux qu'on doit les tenir à l'oeil......ils peignent tout seuls ............."
« Ses accessoires renouèrent avec la vie ce jour-là, et j’eus un mal fou à freiner leur besoin de rattraper les années perdues. Un concerto improvisé se jouait sous mes yeux : le calame était flûte entre mes doigts, son support s’essayait comme archer, et le papier devenait portée musicale pour les besoins de tous. »
JP« Il me faudrait une
peinture égale à la vie , avec ses demi mots ,demi teintes ,et
jacasse et commère, ses hurlement de fractures minuscules,.... les
bras ouverts
ses plein soleil et d’orange et d’orage, et de gifles et de claques
mais surtout , surtout le piétinement incessant des rêves
et de ces toiles derviches qui tournent jusqu'à la transe. »
Y.G.« Chez moi, je sentais toujours la présence des derviches disparus. Ils venaient vérifier l’état de leur ancienne demeure. L’air inerte exprimait leur désarroi. Brassé par les corps tournoyants, il pouvait accélérer ou ralentir la danse des robes blanches et des toques en feutre rouge. Figées, les robes devenaient linceul, la toque, une stèle. Les derviches se désolaient pour l’air, qui méritait un meilleur destin. »
Y.G.« Aide-moi à oublier les hampes et les ligatures des lettres
qui me tourmentent même dans mon sommeil. »
Isa: Ne plonge pas, ne laisse pas les berges cèder, mais remonte-les,
souviens-toi que tu as un lac à repeindre. .