l'origine du monde (saynète )
La scène se déroule dans le cabinet d'un médecin situé dans une ville de taille moyenne des flandres orientales ; mais pourrait tout aussi bien avoir pour décor la vallée du Nil, Djanet ou le Hoggar .....
G. pousse la porte en hésitant et se plante gauchement au milieu du cabinet
François Couperin, Trois Leçons de Ténèbres 2.Seconde Leçon, Emma Kirkby, sopraan; Jane Ryan, gamba; Christopher Hogwood, orgel. L'OISEAU LYRE 430283-2
D. lui serre mollement la main
« asseyez-vous ……
….qu’ est-ce qui ne va pas ? »
G. –non non ça va ……enfin………
D. « enfin quoi ? »
G.- c’est difficile à dire …..
D. « ne vous gênez pas, vous êtes là pour ça »
G. depuis deux ou trois jours, je me sens bizarre
Tarquinio Merula, Aria di Ciaccona su La cetra amorosa , Midori Suzuki, sopraan; Anthonello o.l.v. Yoshimichi Hamada. SYMPHONIA 01187
D. « "Bizarre" , c’est pas un symptôme ça !
Qu’entendez vous par bizarre ? »
G. -Je n’entends rien, c’est comme si je volais, avec un pincement dans l’estomac , ça fait pas mal, mais ça fait pleurer…… pourtant, il y a longtemps que je n'ai pas été si heureux »
D. « Une bête montée d’adrénaline qui peine à redescendre ....
Avez-vous fait du sport, quelques efforts ? »
G.- Non non, c’est pas ça , du vélo, j’en fais souvent, après c’est jamais comme ça
D. « Vous avez forcé ? »
G. -Non, pas spécialement ….enfin ,
D. « enfin quoi ? »
Marain Marais, Les Folies d'Espagne, Lorenz Duftschmid, gamba; Thomas Boysen, theorbe; Johannes Hämmerle, klavecimbel. CPO 777007-2
G.- C’est vrai, je voulais la voir ..........
. les yeux mouillées, G. sort son mouchoir , deux trois plumes de geai,
un duvet de gélinotte et quelques fleurs séchées tombent
de sa poche , gèné, il se baisse pour les ramasser
G.- Je me sens comme un petit sac plastique roulé par les vagues….
dans le train, j’ai croisé la vie d’un renard
D. « il n’y a pas de renards dans les trains ! »
G. -Non, dans les champs seulement , mais nous passions au même moment
et puis la bas, les fleurs sont immenses et les filles ont des enfants
G éclate en sanglots
D. « eh non je n’ai pas de remède pour ces trucs là, faites comme bon vous semble, et surtout, ne vous en faite pas, si le monde tourne encore, c’est grâce à ça ! »
G. à contre cœur :- merci, au revoir …
IL se dirige vers la porte, l’ouvre et fait un pas sans se rendre compte
qu’elle donne sur le vide
À cet instant précis,l’éclairage s’éteint,
seule subsiste au clavecin, une longue descente d’arpège qui se
termine par un point de suspension ;
le rideau tombe
Scène deux
G,
les vêtements en désordre, est assis au milieu de la scène
entouré par une foule hétéroclite
Une vielle dame accompagnée d’un caniche s’approche
Le caniche renifle, la vieille dame se mouche puis d’une voix ferme :
V.D. -Qu’est ce qui vous arrive ?
G.
j’étais en prison, et j’ai pris l’amour pour une fenêtre
V.D. vous tombez de haut ?
G. je ne sais pas, au début je crois que je volais
V.D (à part) avec des papillons dans le ventre ils se prennent tous pour
Icare mais quand ils atterrissent, c’est pas beau à voir
La foule tourne autours de G. l’inspecte, le jauge, l’ausculte puis en murmurant des mots inaudibles se dirige lentement, par petits groupes, vers les coulisses
G se lève, et reste seul égaré au milieu d’une scène obscure,juste éclairé d’un spot blême
La foule dans les coulisses chuchote puis reprend en canon de plus en plus fort :
Il
y a peu à dire, très peu a dire ,
il est possible mais ce n’est pas encore tout à fait certain
qu’il n’y ai rien à dire absolument rien,
………….rien n’est certain
Mais le goût du jeu …………..
celui d’apprendre
d’apprendre à cerner les codes ,
les affiner , les détruire ou lorsqu’ils ne sont plus utilisables
, les jeter
le besoin de définir son territoire,
le besoin de dire d’où vient l’air ou la lumière
le besoin de dire je te hais à celui qu’on a tué ,
je t’aime à celle que l’on étreint
mais …pourquoi ?…
Il y a peu à dire, très peu a dire ,
il est possible mais ce n’est pas encore tout à fait certain
qu’il n’y ai rien à dire
……… etc
……………….
G hurlant
mais
bordel vous êtes sourds !
vous n’entendez rien
ne sentez vous pas la vie fouiller , chercher la moindre fissure , infiniment
recommencer
repartir du plus profond et s’élancer s’infiltrer ,se démerder
à n’en plus finir , refuser, narguer, et rire de vos mots passés
et théories !!
G à part : terminant d’une voix éteinte
non bien sûr, vous ne l’entendez ni grincer ni fouir ni enjouir et se feindre, sourdre ou murmurer ……………….
Puis remettant tant bien que mal sa tenue en ordre et se parlant à lui-même
:
«
La fenêtre est grande ouverte
(Ce n’est pas un hasard,
j’avais graissé l’espagnolette )
J’ai vu des choses rares
de belles images
Des fleurs sauvages
Et le plumage des oiseaux
………………..Si maintenant je scie les barreaux
,
à quoi pourrais-je m’accrocher ? »
long silence
une
petite voix narquoise dans les coulisses :
« la meilleure façon de marcher, c’est de mettre un pied
devant l’autre et d’recommencer